07.05.19

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Traçabilité : halte aux scandales, pensez Blockchain

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Article publié par Léa Perasso, Consultante Senior spécialisée Supply Chain & Stéphane Ortega, Consultant Senior spécialisé finance-audit chez Keyrus Management
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De nombreux scandales dans l’industrie agroalimentaire

Dernier en date, le procès Spanghero s’est tenu le 13 avril 2019 et s’est soldé par la condamnation de son ancien Directeur Général, Jacques Poujol, à 6 mois de prison ferme. Il a notamment été jugé coupable d’avoir vendu entre 2012 et 2013, plus de 4 millions de plats préparés à base de viande de cheval, vendus comme étant de la viande de bœuf.

Autre affaire plus récente : la DGCCRF1 a déclaré en mars 2019 que 12% des kiwis vendus comme étant d’« origine France », proviennent en réalité d’Italie. Cela représente 15 000 tonnes de fruits vendus sur les 3 dernières années. 

Outre les dangers sanitaires, ces scandales peuvent avoir des impacts catastrophiques sur les filières concernées. Aujourd’hui, les citoyens accordent une importance particulière à la provenance des produits, le mode de production, l’empreinte écologique et le bien-être animal.

Comment renforcer la transparence & la traçabilité ?

Une technologie numérique permet de répondre à cette problématique. On la voit partout, ou presque. Nichée au sein des acronymes du digital : IA2, IoT3, ou encore RPA4, la Blockchain (« chaîne de blocs » en français) a déjà gagné sa place dans la cour des grands.

Mais alors en quoi la technologie Blockchain peut-elle permettre d’éviter ces scandales ?

Prenons un exemple simple dans le secteur de l’agroalimentaire. Aujourd’hui, lorsque vous achetez un kilo de carottes « bio », comment vous assurez-vous que ces carottes sont bel et bien certifiées « bio » ? Eh bien vous n’avez pas le choix. Vous vous en remettez à la confiance que vous avez en l’enseigne.

Afin d’éviter ce risque inhérent à la centralisation, la Blockchain permet de décentraliser le stockage de l’information. Dans notre exemple, le lot de carottes bio sera enregistré directement par le producteur dans un réseau : une « Blockchain ». Cette information ne sera pas enregistrée dans un serveur mais sera intégrée à un « Block » qui sera vérifié, puis enregistré sur un réseau. Cette information sera ensuite répliquée à l’ensemble des nœuds (comprendre « ordinateurs en réseau ») qui composent la Blockchain.

Cette information sera alors infalsifiable et consultable par tout le monde. L’intérêt est de permettre le partage d’informations afin d’être le plus transparent possible, et gagner la confiance et l’adhésion à la marque par le consommateur. La technologie Blokchain s’inscrit ainsi dans la stratégie globale de l’entreprise.

Cet exemple n’a pas été pris au hasard. Le groupe Carrefour a annoncé le 15 avril 2019 s’être associé à Nestlé pour assurer la traçabilité de la purée Mousline via la technologie Blockchain IBM Food-Trust. Un simple scan du code-barres permet à tout consommateur de retracer la chaîne complète du producteur à la mise en rayon du produit.

La Blockchain kesako ?

La Blockchain a été mise en lumière grâce à la monnaie virtuelle Bitcoin. En effet, il s’agit de la technologie sous-jacente qui gère les transactions en Bitcoin. Cette technologie est dite décentralisée dans la mesure où tout le monde possède une copie de l’information. Dans ce grand livre distribué, l’information entrante est d’abord validée (« minée ») avant d’être stockée dans chaque nœud du réseau. Une fois stockée, l’information est immuable.

Le concept de « smart contract »5, démocratisé par la Blockchain Ethereum, permet désormais de stocker des données non financières telles que des images, des coordonnées, des diplômes, et toute autre information numérique. C’est grâce à ces contrats « intelligents » que les champs d’applications se sont multipliés.

Vous l’aurez compris, la Blockchain impacte aujourd’hui un grand nombre de secteurs d’activités : banque, notariat, assurances, industrie pharmaceutique, vin, luxe, finance des entreprises, logistique, transport, éducation, grande distribution, etc. Selon un nouveau rapport de l'IDC (International Data Corporation), le taux de croissance des investissements dans la technologie Blockchain est estimé à 73,2% par an pour les cinq prochaines années, pour atteindre les 10 milliards d’euros, d’ici à 2022.

Y a-t-il une ou plusieurs Blockchains ?

On parle généralement de la technologie Blockchain, mais cette dernière a plusieurs applications et s’organise en différents réseaux autonomes (Bitcoin6, Ethereum, réseaux internes, etc.). Bitcoin a été la première Blockchain, mais elle n’est plus la seule.

Et une Blockchain privée ça existe ? Oui. Une entreprise peut tout à fait utiliser son réseau local comme support de Blockchain. Mais alors quel intérêt ? Cela permettra par exemple de valider des transactions internes sujettes à la fraude ou à des controverses. Exemple : la matérialisation du contrôle interne. La Blockchain peut servir de preuve irréfutable lors du passage des auditeurs internes ou externes, voire des instances de contrôles légaux.


[1] Direction Générale de la Concurrence de la Consommation et de la Répression des Fraudes
[2] Intelligence Artificielle
[3] Internet of Things, désigne l’ensemble des objets connectés
[4] Robotic Process Automation, désigne les technologies d’automatisation de processus
[5] Les « smart contracts » sont des contrats qui s’appuient sur la technologie Blockchain pour rendre infalsifiable leurs termes et leurs conditions d'exécution (source : www.lemagit.fr)
[6] Crypto-monnaie de la chaine Bitcoin

 

À PROPOS DES AUTEURS

Léa Perasso intervient depuis plus de 8 ans sur des missions de transformation dans le domaine de la Supply Chain, en particulier sur des projets de refonte de processus métiers autour de l’IT. Elle a auparavant accompagné des acteurs de l’industrie automobile et a développé l’activité « drones » au sein d’une société spécialisée dans l’audiovisuel. Ces missions lui ont permis de développer des connaissances relatives aux processus de la Supply Chain, et ainsi maîtriser un panel varié des technologies, dont la Blockchain.

Stéphane Ortega évolue depuis 7 ans dans le domaine de l’audit financier et du conseil en transformation des organisations. Il découvre la technologie Blockchain début d’année 2017 et y voit tout de suite un intérêt pour ses clients. Stéphane est aussi membre et advisor de l’association TheWEB3, accélérateur Blockchain de la région PACA.