01.08.19

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Les collaborateurs remettent de la politique dans l’entreprise

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Article publié par Louise Petitot, Manager & Guillaume Croizet, Consultant au sein de la practice People & Change chez Keyrus Management 
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collaborateurs remettent politique dans l’entreprise

Lorsque l’histoire de la politique nous donne des leçons

Historiquement, les mondes de la politique et de l’entreprise ont eu des relations et des interactions étroites, et n’ont eu de cesse d’interagir et de s’influencer l’un l’autre. À partir du IXe siècle, on voit émerger les premiers groupes d’influence économique (lobby) dans les couloirs des institutions politiques françaises et britanniques pour influencer les processus de décisions politiques. À l’inverse, on a pu observer qu’au cours du XXe siècle, les entreprises ont été utilisées lors de conflits géopolitiques par différents pays dans des guerres économiques et d’influence. Ce soft power, définit et théorisé par le géopoliticien Joseph Nye, est symbolisé à la perfection par l’ouverture le 31 janvier 1990 du plus grand McDonald’s du monde sur la Place Rouge à Moscow. Cet exemple de soft power illustre la chute de l’URSS et la victoire des États-Unis avant même la chute du mur de Berlin. Ces nombreux exemples historiques nous poussent à nous interroger sur la relation entre les entreprises et la politique dans notre monde.

L’exemple le plus évident est l’utilisation des entreprises par les gouvernements pour résoudre et influer sur des enjeux géopolitiques que sont les guerres, les négociations ou tout autre conflit ou interaction bilatérale ou multilatérale. Au cours des conflits majeurs de l’histoire contemporaine, les entreprises ont été réquisitionnées pour être mises au service de l’effort de guerre (ex : secteur automobile avec Ford au cours de la Première Guerre Mondiale). Plus récemment, on a pu voir que les géants aéronautiques que sont Airbus et Boeing ont été utilisés, par l’UE et les États-Unis, comme porte-étendard et symbole de la puissance de leurs pays respectifs. De plus, la nationalisation de certaines entreprises et même des entreprises publiques sont de par leurs essences des prolongements de l’État, et peuvent être utilisées pour accompagner des visions et des décisions politiques.

Les situations se suivent mais ne se ressemblent pas

Mais le XXIe siècle a vu un changement de paradigme majeur au niveau du rapport de force entre politiques et entreprises, et la mondialisation exacerbée ainsi que le libéralisme triomphant ont conduit à une prise de pouvoir des entreprises au détriment des États et donc du pouvoir politique. Pour illustrer le poids sans cesse croissant des grandes firmes multinationales, nous pouvons évoquer le chiffre d’affaire de WalMart qui dépasse les 500 milliards de dollars, ce qui équivaut au PIB de la Belgique (17e PIB mondial). Cet inversement du rapport de force a induit une modification du pouvoir, passant des mains du gouvernement à celui des entreprises. L’illustration du changement de ces relations se caractérise par la montée en puissance du lobbysme. En effet, les entreprises tentent d’influer et d’influencer les lois ou leurs amendements pour favoriser leurs intérêts. Actuellement, à Bruxelles, qui est le centre névralgique de l’Union européenne où de nombreuses lois et normes sont votées, il y a trois fois plus de lobbyistes que de députés. Ce qui montre le lien intense qui s’est mis en place entre le business et la politique, ainsi que le poids exponentiel des grandes firmes prisent dans le processus de décision politique.

Et si l’entreprise décidait de faire de la politique sans entrer dans les jeux de pouvoir entre les partis politiques ou entre les nations ? Et si les entreprises influaient sur la société par une diffusion sous-jacente d’idéologies et de pensées, directement vers les citoyens, via du marketing et de la publicité ?

Le besoin (naturel) de prendre des décisions & d’agir  

Avec le développement des préoccupations environnementales, mais aussi sociales et économiques au cours des XXe et XXIe siècles, la responsabilité des entreprises devient un enjeu majeur. La société occidentale ne souhaite plus uniquement consommer, mais elle veut aussi protéger la planète et mieux répartir les richesses. Ce qui pousse les entreprises à se responsabiliser et à agir pour un meilleur équilibre entre le business et l’impact sur l’environnement et la société. Depuis plusieurs années, des lois et des normes aident les entreprises à se responsabiliser et à le démontrer à travers des rapports. Aujourd’hui, la démarche RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) prend une nouvelle envergure et s’inscrit dans une véritable stratégie d’ouverture vers ses parties prenantes. Et le gouvernement va plus loin en prévoyant de mettre en place un nouveau statut juridique « L’entreprise à mission », dont le but est de gérer en permanence son activité lucrative et le bien commun. Ces différentes initiatives poussent la société à se préoccuper de ces sujets et démontrent l’importance prise par les entreprises dans leur rôle de diffusion et de développement de ces thématiques.

Dans le passé, les jeux de pouvoirs entre le monde politique et la plupart des grandes entreprises ont contribué à la construction de nos lois et du système actuel. Aujourd’hui, nous assistons à l’émergence d’une conscience  collective. Les entreprises – quelle que soit leur taille – se soucient de leur impact envers les clients, les collaborateurs et l’environnement. Auparavant, les collaborateurs travaillaient pour se réaliser à l’extérieur de l’entreprise, et à l’inverse aujourd’hui l’entreprise est devenue une fin en soi et les collaborateurs souhaitent s’accomplir et se développer au sein même de l’entreprise. Cette inversion de vision a induit une exigence accrue des collaborateurs envers leurs employeurs : l’entreprise doit être en adéquation avec les valeurs portées par les salariés ainsi que par la société. Si certaines entreprises sont encore à la traîne sur ces sujets-là, elles le sont ou le seront aussi sur le versant économique, car aujourd’hui que ce soient les clients ou les collaborateurs, ils sont nombreux à vouloir faire partie d’un monde nouveau et plus responsable.

 

Sources :
https://www.oxfamfrance.org/inegalites-et-justice-fiscale/loi-pacte-un-rendez-vous-manque-pour-la-reduction-des-inegalites-au-sein-des-entreprises-malgre-une-tres-forte-mobilisation-citoyenne
https://e-rse.net/definitions/rse-definition/#gs.pq6ekb
https://www.novethic.fr/actualite/entreprise-responsable/isr-rse/les-entreprises-a-mission-le-modele-qui-seduit-de-plus-en-plus-de-patrons-francais-145465.html
http://www.slate.fr/story/88487/soft-power-hard-power-smart-power-pouvoir-joseph-nye