01.04.19

Blog

L’assurance emprunteur, un marché très convoité & verrouillé

  • #Assurance
  • #Fintech
  • #Concurrence
  • #Digitalisation

Article publié par Laurence Larriviere, Senior Manager chez Kadris - Groupe Keyrus

La nécessaire évolution de la réglementation pour libérer le marché de l’assurance emprunteur

L’objectif clairement affiché par le législateur, en augmentant la concurrence sur le marché de l’assurance emprunteur, est de faire baisser les prix au profit des consommateurs. Ainsi, en 2010, la loi Lagarde a ouvert une brèche en instaurant le principe d’équivalence des garanties, principe selon lequel la substitution de l’assurance emprunteur ne peut être refusée dès lors que le contrat présenté propose des garanties de niveau équivalent. Bien que d’autres lois (la loi Hamon en 2014, puis l’amendement Bourquin en 2018) visant à faciliter la déliaison entre prêt et assurance soient venues compléter la loi Lagarde, au final, la situation évolue peu puisque la part relative des cotisations en délégation d’assurance en 2017 au titre des prêts immobiliers était de 15%, identique à celle de 2016. Dès lors, peut-on parler de réel bouleversement pour le marché de l’assurance emprunteur ? Avant de tirer les enseignements de ce constat, il convient de bien comprendre le jeu des différents acteurs.

Quelles sont les stratégies mises en place ?

Les banques, qui ont toujours le monopole de ce marché, n’ont pas (encore ?) vu leur suprématie entamée.  Pour le moment, le dispositif de facilitation de la résiliation du contrat emprunteur amené par la loi Bourquin n’aurait concerné que de 2% à 3% des contrats en portefeuille, sous la forme d'un changement d'assureur ou d'une renégociation.

Des stratégies défensives efficaces, mais pour combien de temps ?

L’assurance de prêt permet aux banques de compenser le manque à gagner sur les emprunts immobiliers. Avec un niveau global de marge de l’ordre de 40% à 50% des primes, il est aisé de comprendre que les banques, soucieuses de préserver ces sources de revenus confortables, ne sont  pas prêtes à laisser les clients s’assurer ailleurs que dans la filiale de leur maison mère.

Afin de limiter les délégations externes, elles ont réagi en mettant en place des stratégies de défense de portefeuille pour les clients qui souhaitent procéder à un changement de contrat d’assurance emprunteur ou qui sollicitent une délégation d’assurance. Ces stratégies consistent a minima à proposer un effort tarifaire sur le contrat groupe et pour certains établissements bancaires, à pousser une offre individuelle « maison » bâtie sur un mode de tarification identique à celui des acteurs dits « alternatifs ».

L’appétit des acteurs individuels

Certaines projections (notamment celle de McKinsey qui a avancé des hypothèses de taux de renégociation et de délégation comprises entre 15% et 35%) ont contribué à attiser l’appétit de plus d’un, et notamment celui des acteurs individuels. Les spécificités de ce marché, souscription sécurisée pour la réalisation des formalités médicales et mise en place dans des délais très contraints par le crédit auquel le contrat est adossé, sont des freins importants que seuls des acteurs spécialisés sont en mesure de lever.

Qui plus est, un des facteurs clés de succès pour adresser le stock des contrats bancaires est de mettre en place une solution clé en main, sécurisée et rapide afin que l’intermédiaire puisse prendre en charge l’ensemble des démarches auprès de l’organisme prêteur et de l’assureur (demande de substitution, réponses aux objections, résiliation…). La simplification du parcours client réside dans la dématérialisation du processus de souscription et par une fluidification de la sélection médicale. L’objectif est de maximiser le taux d’acceptation immédiate (à savoir pour les risques dits standards).

Assureurs « alternatifs » & Fintech en pleine effervescence

On voit bien ici toute la valeur apportée par la digitalisation du parcours qui permet d’offrir une réponse très offensive. Les fonctionnalités proposées par les plates-formes qui investissent le marché de l’assurance emprunteur sont relativement proches : affichage en quelques clics du montant de l’économie réalisée, proposition d’une offre assurant l’équivalence des garanties, devis en ligne, questionnaire médical dématérialisé, voire e-sélection médicale pour certains, relances automatiques pour ne pas manquer un délai, adhésion en ligne, édition de la délégation de gestion et prise en charge de la résiliation le cas échéant. Qui plus est, le succès sur le dispositif Bourquin nécessite une forte capacité de captation des flux entrants (leads) loin d’être à la portée de tous les acteurs, mais en revanche accessible aux Fintech telles que Zen’UP, Utwin, iAssure Digital Insure ou encore Wedou.

L’aggiornamento du marché de l’assurance emprunteur

Compte tenu de la forte attractivité de ce marché, on s’attend à ce que la concurrence continue à se renforcer. Les conditions réglementaires sont réunies, l’autorité de contrôle veille et n’hésite pas à sanctionner, les acteurs individuels font montre d’une compétitivité affutée et d’un appétit tels que les barrières érigées par les banques pour préserver leurs portefeuilles ne parviendront que pour un temps à endiguer une évolution inéluctable du marché de l’assurance emprunteur.